(Petites) Histoires de désirs et d’évolutions

par les le 1 juin 2007, dans Expériences de terrain

« Chacun a en lui le désir et les possibilités d’évoluer, de changer, de se transformer… » Ce principe qui guide notre action, nous l’avons soumis à des animateur-trices et coordinateur-trices CEMEA en leur posant la question : « Et toi, sur le terrain, comment vis-tu ce principe ? Qu’as-tu envie d’en dire ? »

Julia, 20 ans, animatrice

« J’ai toujours été étonnée de la façon dont les gens évoluent aux CEMEA. Moi-même, au début, j’étais beaucoup trop sévère, trop encadrante avec les enfants. Je mettais trop de limites. Grâce aux regards de l’équipe, des coordinateurs, j’ai pu m’en rendre compte et évoluer… Par rapport aux enfants, j’ai toujours trouvé surprenant de voir l’évolution des enfants d’une année à l’autre. Même des enfants porteurs de handicap… Une évolution étonnante, parfois ! Un enfant qui ne parlait presque pas et qui, l’année d’après, est un vrai moulin à paroles ! Des enfants qui s’épanouissent… Je pense aussi qu’en centre de vacances, l’évolution est liée à la bienveillance : bienveillance des animateurs certainement, mais des enfants entre eux aussi. Cette confiance qu’on a en la personne aux CEMEA, c’est cela qui aide les gens à se développer, qui les encourage à évoluer…»

Nicolas, 26 ans, animateur et coordinateur

« Parmi les principes de Gisèle De Failly, c’est celui qui me parait être le plus une croyance plutôt qu’un principe. Je m’explique. Pour moi, c’est fondamentalement ce qui permet de croire à ce qu’on fait aux CEMEA. Dans la mesure où, si l’on ne croit pas d’abord à ça, tout ce qu’on dit ou fait est vain : nos actions, les activités que nous mettons en place, nos formations, les centres de vacances… Mais cette croyance, je ne la conçois pas d’une manière absolue. Pour moi, chacun a potentiellement en lui le désir et les possibilités d’évoluer. Chacun peut activer ce désir et ces capacités, mais toutes les personnes ne vont pas nécessairement le faire. Mon rôle, c’est de susciter ce potentiel, de donner envie aux gens d’évoluer, de se transformer… Mais ça ne va pas forcément marcher. Nous, aux CEMEA, on propose un cadre, un environnement, qui va fonctionner un peu comme un catalyseur. Mais pas plus. Le reste dépend de chacune des personnes, pas de nous. Si l’on prend cette croyance dans un sens absolu, elle est forcément fausse. Parce dans la réalité, on va nécessairement tomber sur des gens qui n’évoluent pas, qui ne vont pas évoluer, qui ne vont pas vouloir. Mais ça ne veut pas dire qu’ils n’en ont pas le désir et les possibilités en eux. »

Katia, 20 ans, animatrice

« Je pense que chaque enfant a envie, même inconsciemment, de grandir, d’évoluer, d’apprendre des choses. Ca s’applique aussi bien sûr aux enfants handicapés mentaux, au centre d’intégration de Juseret. En tant qu’animatrice, je pense vraiment qu’un enfant à tout moment de sa viepeut grandir… Une semaine à Juseret, c’est une semaine, à temps plein où l’enfant peut apprendre plein de petites choses qui vont lui servir et le faire évoluer. Les animateurs jouent un rôle dans l’éducation de l’enfant, pour son bien-être, son développement, surtout pendant une semaine en internat ! On a un pouvoir à ne pas négliger. C’est une des choses qui m’attire le plus. Même si c’est vrai que certains enfants ont plus besoin des autres pour évoluer. Par exemple, je me souviens d’un enfant, au tout début du centre, qui ne savait pas se laver tout seul, qui avait peur de prendre une douche… J’étais attendrie, émue, par ce gamin. A la fin du séjour, il se lavait tout seul. C’était un pas énorme pour lui, même si c’était une petite chose… Un séjour comme Juseret peut changer un enfant. Rien que le fait qu’il se sente bien dans le groupe. Ca le fait tellement évoluer dans l’estime de soi… C’est ce qui me motive, cette impression d’être active dans l’évolution de l’enfant… »

Delphine, 28 ans, animatrice

« Tout d’abord, d’un point de vue personnel, si je me suis lancée dans le projet d’être animatrice CEMEA, ça partait (entre autres !) de l’envie d’être beaucoup plus patiente : pouvoir être à l’écoute, s’oublier soi le temps d’un stage ou d’un séjour pour se consacrer aux autres… Ca me semblait important. En bout de course, cette envie d’être finalement plus « cool », de pouvoir prendre les situations comme elles viennent en parlant avec l’équipe, en trouvant des solutions… a été rencontrée.

La formation d’animatrice m’a aidée à me développer en tant que personne adulte, à quitter l’adolescence. Durant la formation, tu ne te dis pas : « Je suis en train de changer »… Mais c’est bien ce qui se passe. Et le cadre, ce qui est mis en place, aide à évoluer. Dans une autre optique, le désir de changer les autres fait que toi aussi tu changes ! Par exemple, en centre ados, j’avais envie d’ouvrir ces jeunes à d’autres cultures, à d’autres musiques, aux notions de commerce équitable… En fait, à d’autres choses qu’à ce qu’ils connaissent dans leur famille ou dans le cadre scolaire… Et en voulant les ouvrir à d’autres cultures, d’autres musiques, j’ai dû faire des recherches et moi aussi j’ai découvert d’autres horizons ! Ca m’a donc aussi transformée. Et au final, tout le monde en sort grandi… »

Vanessa, 25 ans, animatrice

« La formation d’animatrice m’a évidemment apporté un bagage pour pouvoir animer un groupe d’enfants, mais plus encore. Elle m’a permis d’ajouter quelques briques supplémentaires à ce mur que j’ai bâti dès le premier jour où j’ai travaillé avec des enfants. Je suis encore surprise par le chemin que j’ai parcouru jusqu’à aujourd’hui. Travailler sur le terrain est riche en expériences et amène à se modeler à certaines situations, à faire des erreurs et à les rectifier, à se remettre en question et à voir les choses autrement : avec des yeux d’adulte, mais aussi avec des yeux d’enfant. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je dirais que ce sont les enfants que j’anime qui me permettent de grandir chaque jour et j’encourage vraiment les futurs animateurs à vivre les mêmes expériences – faciles ou éprouvantes – que moi. C’est ce qui fait avancer. »

Jonathan, 26 ans, animateur et coordinateur

« C’est une question complexe. Je vais prendre mon travail de coordinateur comme porte d’entrée : j’ai trois types d’attentes différentes par rapport aux animateurs dans mon équipe. Des attentes figées, qui sont de l’ordre de l’institutionnel, du contractuel (savoir prendre en charge un groupe d’enfants, pouvoir proposer des activités variées….). Des attentes que je qualifierais de « plus ou moins claires » : s’adapter, trouver sa place dans l’équipe, faire en sorte que les enfants se sentent bien… Enfin, des attentes personnelles, c’est-à-dire ce que j’attends de chacun et qui sera différent pour un animateur qui travaille pour la première fois, pour un animateur chevronné, ou pour un animateur dont je sais qu’il va entamer sa formation de coordinateur, ou encore pour une animatrice avec qui j’ai travaillé l’année précédente et avec laquelle tout un travail a été mis en place. Si je décortique le principe, voilà ce que ça donne… Par chacun, j’entends toute personne, tout être humain. Quant au désir, je suis intimement convaincu que chacun est mû par un désir quel qu’il soit. C’est ce qui fait que les gens avancent. En même temps, le désir, c’est une tension issue d’un manque. Le désir est donc plus ou moins grand, plus ou moins présent, en fonction de ce qui le stimule. Le désir, c’est à la fois le moteur et ce qui va être mis en mouvement par autre chose… Les possibilités, c’est le fait d’avoir en soi «tout ce qu’il faut pour… ». C’est ce qui me pose le plus question. Soit on part de l’idée que chacun est né avec la même capacité de développement et que des facteurs physiques (corporels) ou extérieurs (contexte social, culturel, économique…) influencent ce développement. Soit on croit que l’on ne part pas tous avec les mêmes possibilités et qu’en plus, des facteurs extérieurs influencent le développement des personnes. En sachant que de toutes façons, dans les deux cas, les possibilités sont liées au contexte qui permet d’évoluer, se transformer… Se développer, je l’envisage comme un apprentissage (au sens large, pas au sens scolaire, par l’expérience), comme une acquisition de choses (augmenter son patrimoine personnel…) et enfin comme le fait d’accéder à un bien-être quel qu’il soit, de tendre vers ce bien-être. Se transformer, c’est changer, passer d’un état à un autre. Pour moi, le désir et les possibilités sont deux conditions nécessaires pour… se développer et se transformer. Ma relecture personnelle du principe : toute personne, en fonction de conditions, peut apprendre, acquérir et changer.

Pour faire le lien avec mon rôle de coordinateur, ça me questionne sur le travail d’accompagnement et de soutien je mets en place pour créer le désir et accroître les possibilités, afin que les animateurs de mon équipe se développent et se transforment… Pour moi, si des animateurs éprouvent des difficultés en plaine ou en séjour de vacances, cela peut autant venir d’eux que de ce qu’on a mis en place autour d’eux. Dire que cela n’a pas marché avec une animatrice ou qu’un animateur a été inadéquat, ça n’a du sens qu’à partir du moment où on entre dans l’introspection, où on regarde aussi ce qui a été fait pour aider les personnes. Qu’est-ce qu’on propose à un moment donné pour permettre aux gens de grandir, d’évoluer? A un moment donné, la plaine, le séjour, mais aussi après ce moment-là. Prendre le temps de renvoyer des choses (positives ou négatives) aux animateurs, les mettre face à leurs difficultés, leur proposer des pistes, c’est aussi cela qui va les aider à se mettre face à eux-mêmes. C’est ce qui va remettre de l’huile dans le moteur du désir. Prendre conscience de là où on en est et de ce qui reste comme chemin à parcourir…»


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