Se transformer ou l’art d’apprivoiser sa vie

par les le 1 juin 2007, dans Pédagogie

«Action collective tendant à produire un changement d’idées, d’opinions ou d’organisation sociale.» Nous pourrons lire ces quelques mots à la 56e ligne, de la 1234e page du Robert des noms communs (1999).

Aux CEMEA, notre action n’est pas conséquence du hasard. Elle est guidée par ce que nous appelons communément des options éducatives, cinq principes que traduisent nos pratiques.

Si l’on prenait un shaker et que l’on y versait chacun de ces principes, en le secouant bien, il en résulterait une formation ou, en y modifiant certains ingrédients, un centre de vacances. L’accueil que nous proposons aux enfants est réfléchi de manière à ce que chacun soit respecté, parce qu’il est une personne à part entière. Les activités sont mises en place au bon moment, c’est-à-dire qu’elles correspondent aux envies, aux attentes, aux projets individuels et collectifs, qu’elles suscitent l’envie de recherche, d’observation, de création, de développement et dans certains cas, de dépassement de soi. Chacun évolue dans une collectivité, au sein de laquelle la vie du groupe s’organise et favorise la rencontre de l’autre.

Avant même d’articuler nos principes pour les mettre en pratique, nous posons le postulat suivant : chacun peut se développer et se transformer au cours de sa vie, il en a le désir et les possibilités.

Illustrons ce propos par une petite histoire.

Des bruits de pas résonnent sur le macadam. Une vingtaine de pieds, de jambes, de corps tout entiers sont en mouvement. Des enfants, accompagnés de leur animateur référent, se baladent. Ce sont les vacances d’été, le soleil de fin d’après-midi réchauffe leurs dos et leurs nuques, l’ombre des arbres se dessine au sol. En se plaçant au bord de la route, puis en se penchant légèrement, il est possible d’apercevoir une prairie. Et si l’effort est suffisant, on peut y voir trois chevaux. Les enfants se ruent dans cette direction et l’enthousiasme se lit sur les visages. Une fois tout près, tous observent, discutent entre eux, réagissent à la manière dont les chevaux se déplacent, dont ils hennissent. Les enfants les imitent, les miment. L’animateur aperçoit pourtant, un peu en retrait, une fillette isolée. Il l’invite à s’approcher, mais elle refuse. S’accroupissant à hauteur de l’enfant, l’animateur l’écoute expliquer qu’elle a peur des chevaux. Cette peur se traduit tant par ses mots que par sa posture, légèrement recroquevillée. Toutes les tentatives pour la rassurer échouent. Deux ou trois jours plus tard, partant jouer dans les bois, le groupe doit emprunter la même route. L’animateur s’aperçoit que la fillette est plus détendue en passant près des chevaux. Il décide de ne pas renoncer, mais sans la brusquer. Jour après jour, à chaque passage, il observe l’attitude et les réactions de l’enfant afin d’ajuster ses interventions. A la fin du séjour, elle demande brusquement à retourner à l’entrée du champ et, une fois sur place, à pouvoir caresser l’un des animaux, à condition que son animateur reste auprès d’elle. Condition remplie, pari réussi, la joie prend le dessus sur la peur.

Ce récit, que certains pensent imaginaire et que d’autres apparentent à leur vécu d’animation, met très simplement en évidence le fait que cette enfant a évolué. Elle est parvenue à prendre confiance en elle, à reconnaître ses émotions. Cette transformation influence indiscutablement son développement personnel. Cette évolution, ces changements sont possibles, mais ils appartiennent à leur auteur. Ils ne sont pas semblables pour tous, puisqu’ils dépendent profondément de la personne, de ce qu’elle est, d’où elle vient.

Cette conviction profonde se conjugue avec chacun des choix pédagogiques, chacune des pratiques des CEMEA. Ceux qui la partagent sauront certainement que les quelques premiers mots de ce texte définissaient ce qu’est « un mouvement », au sens du nôtre.


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